
LABERGE, Marie: Le goût du bonheur Tome 1 : Gabrielle
Écrire une saga était un de mes rêves depuis très longtemps. Toute petite, j’ai dévoré ces histoires où les membres d’une famille élargie se croisent, grandissent, rêvent, font d’épouvantables erreurs, apprennent à s’en remettre ou empirent la situation, aiment, abandonnent et recommencent. Une saga où les personnages ont du souffle pour plus d’un livre, de l’abattage pour plus d’un protagoniste et du cœur pour plus d’un amour.
Une saga où le vent de l’Histoire mène nécessairement une partie de l’histoire.
Si vous ouvrez un de mes livres, n’importe lequel, il s’y trouve une constante qui, à mesure que les années passent, m’agace prodigieusement: ma date de naissance y figure. De cette chose, si privée qu’on aimerait parfois tricher, je n’ai obtenu que le droit de retirer le trait qui appelle encore l’année de ma mort. Dur rappel, mais qui a produit une envie d’accuser le coup, puisque je ne peux l’éviter. J’aurai cinquante ans le 29 novembre. J’ai décidé que le temps était venu de risquer l’aventure: toute cette année, je vais offrir aux lecteurs trois livres, trois romans qui forment un tout intitulé Le Goût du bonheur – l’histoire de gens nés à Québec et qui bougeront ensuite selon leurs envies, leur cœur et, quelquefois, leurs impuissances. De 1930 à 1967, les années du cœur du siècle qu’on vient de quitter, les années dites noires du Québec et celles des débuts de la Révolution tranquille. Ce sont aussi, pour moi, les années des femmes tenues modestement en retrait de la société, même si elles piaffent d’impatience de vivre, même si l’éventail des possibilités est si étroit qu’il faut désobéir pour y arriver pleinement. Années où la norme religieuse tenait en rangs serrés ses ouailles obéissantes et soumises.